2. Une parole du refus
Le recul dont on commence à bénéficier confirme l'impression que l'on pouvait avoir il y a nombre d'années déjà : l'œuvre de Bernhard, qui restera sans doute comme l'une des plus grandes du xxe siècle, apparaît comme une immense construction s'appuyant sur les trois piliers des romans, des récits (parfois difficiles à distinguer des premiers dans le principe) et du théâtre, et mettant en jeu, à ce titre, des thèmes et des formes récurrents.
Les romans, de Gel (1963) à Extinction (1986), forment une grande arche dont le point d'équilibre ou la clé de voûte pourrait être Corrections (1975). À l'aspect fragmentaire, à la construction asymétrique de Gel s'oppose l'architecture parfaite d'Extinction, où s'intègrent pratiquement tous les éléments des textes qui les séparent. Il serait vain d'essayer de « résumer » les arguments d'œuvres fondées sur une combinatoire où, comme il est dit dans la pièce La Force de l'habitude (1974), « la langue est un instrument d'idées mathématique ». Les thèmes en sont, grossièrement, les mêmes : un ou des héritiers – un surtout – liquident un héritage, souvent un grand domaine aristocratique autrichien. Pour cela, ils s'enferment (dans une forteresse, une science, un art, ou simplement leur cerveau) et détruisent la configuration diabolique des « origines » où la mère et la ou les sœurs jouent un rôle essentiel ; mais ils vont évidemment aussi à leur propre mort. La mort, la folie, la maladie, le sado-masochisme des rapports entre individus (notamment entre homme et femme) sont les modalités de cet univers, ou les notes de cette musique répétitive et fuguée : depuis Perturbation (1967) et La Plâtrière (1970) jusqu'au Neveu de Wittgenstein (1982) et à Maîtres anciens (1985), en passant par Corrections (1975), où est utilisée la biographie de Wittgenstein et mis en scène un fou génial construisant pour sa sœur une maison idéale qui la détruit ainsi que lui-même. Sans parler d'Extinction, le dernier roman de Bernhard où, en […]
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