2. Herméneutique théosophique et discours mythique
Revenons à notre propos initial sur le sens du mot « théosophie » et sur la place de la théosophie dans ce qu'on appelle l'ésotérisme. Par « théosophie », de même que par « ésotérisme », on entend donc d'abord une herméneutique (ta'wīl, en Iran), c'est-à-dire une interprétation de l'enseignement divin – par exemple, du Livre révélé – fondée à la fois sur une démarche intellectuelle, spéculative (le mode de pensée est ici analogique et homologique, l'homme et l'univers étant considérés comme les symboles de Dieu), et sur une révélation due à une illumination. Dans le cas de la théosophie, cette interprétation porte sur les mystères intérieurs à la divinité elle-même – c'est la théosophie au sens restreint – ou sur ceux-ci et l'univers entier – c'est la théosophie au sens large, celui dont il s'agit ici.
Le théosophe part toujours d'un donné révélé, celui de son mythe – par exemple, le récit de la Création au début de la Genèse –, dont il fait jaillir les résonances symboliques par son imagination active. Il pense ainsi pénétrer les mystères de l'univers et des rapports qui unissent celui-ci avec l'homme et avec le monde divin. Comme pour la gnose comprise comme voie de salut individuel, l'idée de « pénétration » théosophique renvoie à celle d'« intériorisme » ; néanmoins, il s'agit, cette fois, de descendre non plus seulement en soi, mais aussi dans la profondeur de Dieu et des choses naturelles, ces deux mouvements se complétant d'ailleurs. Dans ses profondeurs, la Déïté « repose en elle-même », enseigne Jacob Boehme, c'est-à-dire qu'elle demeure dans son absolue transcendance ; mais, en même temps, elle sort d'elle-même, car « Dieu est un trésor caché qui aspire à être connu ». Il se fait connaître en se dédoublant au sein d'une sphère ontologique située entre notre monde créé et l'inconnaissable, sphère qui sera le lieu de rencontre entre Dieu et la créature (mais, bien entendu, nous ne connaissons Dieu que pour autant qu'il […]
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