6. Les « matrices élémentaires » de Paracelse
W. Pagel, dans son ouvrage fondamental sur Paracelse et sur la médecine philosophique de la Renaissance, a montré que le trait distinctif du système paracelsien est la cohérence qui s'institue à la lumière des correspondances micro- et macrocosmiques entre la cosmologie, la théologie, la physique et la médecine.
Si la recherche de ces harmonies analogiques a été poursuivie depuis les présocratiques et les platoniciens jusqu'à la fin du Moyen Âge, Paracelse a été le premier à rejeter la ratiocination logico-scientifique commune aux philosophes de l'Antiquité classique et aux aristotéliciens médiévaux, et à utiliser directement la méthode analogique afin de l'appliquer à la connaissance expérimentale de la Nature.
Une grande partie du travail critique de Paracelse, en effet, est dirigée contre les conceptions classiques des éléments dans la mesure où la Terre, l'Eau, l'Air et le Feu, dans ces théories nouvelles, ne sont plus considérés comme des composants ultimes et irréductibles de la matière. Ce ne sont plus des corps simples et chacun ne devient visible et tangible qu'en fonction des trois autres éléments qui se mélangent avec lui. De même, le soufre, le mercure, le sel ordinaires, tels qu'on les trouve dans la mine ou le laboratoire, ne sont que des corps composés. Ce que Paracelse appelle « Soufre », « Sel » et « Mercure » sont les trois principes « sulfureux », « salin » et « mercuriel » qui entrent dans la constitution de tous les corps. Les éléments, en fait, avaient été considérés déjà par les alchimistes comme des structures primordiales plutôt que comme des substances, et ils les comparaient aux « vaisseaux hermétiques ». Ceux-ci, loin d'être de vulgaires récipients, exercent par leur type et par leur forme une influence essentielle et spécifique sur la nature de leur contenu. W. Pagel suppose, à juste titre, que ces notions alchimiques ont inspiré à Paracelse son concept de « matrices élémentaires ». La Terre, l'Air, l'Eau e […]
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