3. Les théories physiques et les autres
Dans les sciences autres que la physique, les différences sont flagrantes. Premièrement, le mode d'investissement des mathématiques dans le travail scientifique varie considérablement d'une science à une autre : l'appareil mathématique est intimement lié à la structure de la théorie physique, à sa forme, à sa fécondité, mais cette situation ne se retrouve pas, sans qu'il faille y voir a priori un déficit théorique, dans d'autres disciplines. Deuxièment, la distinction célèbre, proposée en 1883 par Wilhelm Dilthey, dans le cadre d'une controverse relative à la spécificité des sciences de l'esprit par rapport aux sciences de la nature, entre la compréhension et l'explication causale n'a pas perdu sa pertinence. Accessibles à l'interprétation, les comportements ne sont pas d'emblée compréhensibles ou, du moins, leur compréhension initiale peut être incomplète ou erronée. Reste que la signification cachée est irréductible à une explication causale. Enfin, il semble bien que les sciences humaines présentent fréquemment des cas de coexistence durable de théorisations concurrentes, voire de principes méthodologiques opposés, dont on ne trouve pas l'équivalent dans les sciences de la nature. Telle est par exemple l'opposition bien connue, en sociologie, entre les partisans de l'individualisme méthodologique, pour lesquels un phénomène social quelconque est le résultat d'un ensemble de comportements individuels, et les tenants d'une conception holiste de l'explication, qui tentent de saisir les forces collectives qui traversent les sociétés.
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