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THÉORIE GÉNÉRALE DE L'EMPLOI, DE L'INTÉRÊT ET DE LA MONNAIE, livre de John Maynard Keynes

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2.  L'interventionnisme

La Théorie générale institue l'analyse macroéconomique moderne : Keynes isole des relations entre des agrégats économiques, indépendantes des comportements individuels. En se concentrant sur les déterminants de la production et de l'emploi à court terme, il bouleverse la pensée économique, qui se posait la question de l'affectation optimale des ressources et de la fixation des prix de long terme. L'incertitude joue ici un rôle fondamental. L'emploi dépend de « l'état d'esprit » des entrepreneurs dont les anticipations peuvent être autoréalisatrices : il suffit que leur optimisme les incite à investir pour que la situation économique s'améliore. De même, l'incertitude conduit les agents à demander de la monnaie par précaution ou pour spéculer, ce qui influence le niveau du taux d'intérêt et l'investissement. Rien ne garantit alors que les prévisions des agents conduisent au plein-emploi. L'économie peut se stabiliser dans une situation durable de sous-emploi, où perdure un chômage involontaire. Le système économique ne s'autorégule pas. Dans le dernier livre de la Théorie générale, Keynes en appelle, entre autres, à l'État, qui peut mener des politiques de redistribution des revenus (afin de favoriser la consommation) et des politiques conjoncturelles de soutien à l'investissement : directement à travers les dépenses publiques (politique budgétaire), accessoirement en agissant sur le taux d'intérêt (politique monétaire). Ces ressorts, formalisés dès 1937 par John Hicks, ont inspiré l'ensemble des politiques économiques des pays occidentaux pendant les Trente Glorieuses, jusqu'à ce que la crise des années 1970 résiste aux remèdes keynésiens, qui butent alors sur l'internationalisation des échanges, l'endettement des États et l'inflation rampante.

La dimension concrète de l'analyse keynésienne a aussi profondément marqué la théorie économique du xxe siècle, qui s'est orientée vers des théories plus opérationnelles, à l'aide de l'essor de la comptabilité nationale et des modèles macroéconométriques. Plus généralement, toute la théorie économique depuis 1936 s'est construite avec ou contre la Théorie générale.

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