2. Un système général
Théorie de l'évolution économique pose les bases d'une théorie générale des cycles économiques. Reste à agréger ces éléments dans une typologie générale, que Schumpeter mettra au point dans Business Cycles : les cycles Kitchin, de quarante mois, les cycles Juglar, de sept à douze ans, et les cycles Kondratieff, de cinquante à soixante ans, tous issus d'innovations et tous superposés les uns aux autres. Il déduira ensuite de cet enchaînement, selon une thèse d'inspiration très weberienne, l'évolution irréversible du capitalisme qui, de succès en succès, conduira à « mine[r] les institutions sociales qui le protègent » et à « désigne[r] nettement le socialisme comme son héritier présomptif » (Capitalisme, socialisme et démocratie, 1990). « À J. Schumpeter, écrit François Perroux, nous devons la profonde estime que méritent ceux qui, dans quelque ordre que ce soit des connaissances humaines, ne se sont pas contentés de découvrir ou d'élaborer des vérités fragmentaires, mais qui ont étreint dans un système général l'ensemble de la matière qu'ils se proposaient de comprendre ». Ce « système général » a fait de Schumpeter le fondateur d'une tradition théorique originale, l'économie évolutionnaire (evolutionary economics), dont les développements portent à la fois sur les thèmes schumpeteriens – le rôle de l'innovation technologique ou la nature des cycles économiques – et sur le projet même de construire une théorie économique fondée non plus sur un modèle d'équilibre emprunté à la physique, mais sur une représentation évolutionniste et organiciste de l'histoire des individus et des sociétés.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



