2. Origines
Comme Leonardo Boff l'a déclaré, la théologie de la libération est à la fois le reflet d'une praxis antérieure et une réflexion sur celle-ci. Plus précisément, c'est l'expression d'un vaste mouvement social qui est apparu au début des années 1960, avant que ne paraissent les nouveaux ouvrages de théologie. Ce mouvement comprenait des secteurs significatifs de l'Église (prêtres, ordres religieux, évêques), des mouvements religieux laïcs (Action catholique, Jeunesse universitaire chrétienne, Jeunes ouvriers chrétiens), des commissions pastorales à base populaire (pastorale ouvrière, pastorale de la terre, pastorale urbaine) et les communautés ecclésiastiques de base. Sans la pratique de ce mouvement social qu'on pourrait appeler christianisme de la libération, on ne peut pas comprendre des phénomènes sociaux et historiques aussi importants dans l'Amérique latine des années 1970 et 1980 que la montée de mouvements révolutionnaires en Amérique centrale (Nicaragua, El Salvador) ou l'émergence d'un nouveau mouvement ouvrier et paysan au Brésil.
Le processus de radicalisation de la culture catholique latino-américaine au cours des années 1960, qui va aboutir à la formation de la théologie de la libération, ne diffuse pas du sommet de l'Église vers sa base, ni de la base populaire vers le sommet, mais de la périphérie vers le centre. Les catégories ou secteurs sociaux qui seront le moteur du renouveau dans le champ religieux sont tous, d'une certaine façon, marginaux ou périphériques par rapport à l'institution : les mouvements laïcs de l'Église et leurs aumôniers, les prêtres étrangers, les ordres religieux. Dans certains cas, le mouvement gagne le « centre » et influence les conférences épiscopales (notamment au Brésil) ; dans d'autres, il reste confiné aux « marges » de l'institution.
Tout ce bouillonnement, dans un contexte de renouveau qui fait suite au deuxième concile du Vatican (1962-1965), finit par ébranler l'ensemble de l'Église du continent et, lors de la Conférence épiscopale latino-américaine de Medellin (1968), des résolutions nouvelles sont adoptées. Pour la première fois, elles dénoncent non seulement les structures existantes comme fondées sur l'injustice, la violation des droits fondamentaux du peuple et la « violence institutionnalisée », mais reconnaissent aussi (dans certaines circonstances) la légitimité de l'insurrection révolutionnaire et se solidarisent avec l'aspiration du peuple à la « libération de toute servitude ».
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