3. Des poissons aux météorites
Parallèlement à sa passion pour le Sahara, Monod poursuit par ailleurs ses recherches sur la faune marine. De 1948 à 1954, il participe aux essais du premier bathyscaphe, le F.N.R.S. II, conçu par le physicien suisse Auguste Piccard. Nommé, en 1942, directeur du laboratoire des Pêches d'outre-mer au Muséum puis élu à l'Académie des sciences en 1963, Théodore Monod devient professeur honoraire du laboratoire d'Ichtyologie générale et appliquée en 1974. Il y conservera son bureau jusqu'à sa mort. Il poursuit, au cours des dix dernières années de sa vie, une étude menée sur le squelette crânien des scaridés ou poissons-perroquets, associée à une étude anatomique de leur système musculaire. Dans cette optique, il a, au fil des ans, réalisé des centaines de dessins à l'encre de Chine, en particulier des séries de coupes transversales.
Ses travaux d'ichtyologue, d'une précision et d'une exhaustivité exceptionnelles, ont assuré la réputation internationale de ce naturaliste. Jusqu'à la fin de sa vie, il fut considéré par ses pairs du monde entier comme un des meilleurs spécialistes des poissons et des crustacés.
Inconnu du grand public jusque dans les années 1990, Monod a été très médiatisé à l'occasion des recherches qu'il menait au Sahara pour retrouver une météorite géante. Celle-ci avait été observée en 1916 dans l'Adrar de Mauritanie par un militaire français, Gaston Ripert, qui en avait alors rapporté un échantillon. Théodore Monod entreprend ses premières recherches en 1934, mais elles resteront infructueuses. À la fin des années 1980, il tente à nouveau de résoudre l'énigme et se lance dans une série d'expéditions. Les images télévisées d'un très vieux monsieur poursuivant à pied et à chameau une étoile tombée dans le désert ont largement contribué à sa gloire tardive, occultant parfois l'aspect purement scientifique de ses recherches. Menant jusqu'au bout cette quête aux allures d'investigation, Théodore Monod finit par découvrir le gros rocher de grès et de quartzites qui avait été considéré, à tort, comme un astéroïde de grande taille, et lève dans un ultime ouvrage le mystère de la météorite de Chinguetti.
Présenté comme un idéaliste original, Théodore Monod a finalement imposé l'image d'un savant hors du commun, à la fois rigoureux et poète, alliant la pratique scientifique la plus concrète et des idéaux de vie que l'âge n'a pas entamés. Ses ouvrages, en particulier Méharées (1937) et L'Émeraude des Garamantes (1984), ont tous été publiés dans de nouvelles éditions à partir de 1990.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



