2. L'univers de Dreiser
Dans cette large fresque américaine, Dreiser est à la fois juge et partie. Il peint l'envers d'un décor doré auquel il n'est pas lui-même insensible. Sa fidélité à son enfance misérable, à son milieu d'origine, l'empêche de céder à l'obsession, voire au « devoir » de réussite qui reste un des fondements de la société où il vit. Sa connaissance personnelle des motivations psychologiques et sociales est constamment présente dans ses romans. Rarement l'écrivain et son œuvre ont été plus inséparables.
• La transposition du réel
L'inspiration de Dreiser trouve le plus souvent sa source dans l'observation directe et familière. Il utilise quantité d'épisodes intimes de sa propre vie ou de celle de sa famille. S'il s'agit de personnages plus lointains, de faits divers notamment, Dreiser se documente, découvre et analyse les détails significatifs, et parvient à recréer, par des touches réalistes, des personnalités vivantes situées dans un milieu défini. Grâce à la dramatisation d'un conflit ouvert ou latent entre l'individu et une société donnée, il réussit à donner à ses héros une valeur exemplaire. L'aspect didactique de son œuvre contribue parfois à en alourdir le style. Souvent négligent parce qu'il écrit avec trop de facilité, Dreiser se sait prolixe et taille abondamment dans ses textes avec l'aide de son entourage... En l'appelant « le phénomène », « l'Hindenburg du roman », « le dinosaure », Mencken fait en même temps allusion à sa pesanteur et à son génie. Il ne rend pas justice à la nuance poétique, à la puissance d'émotion, au souffle épique même qui passent à travers les lignes d'une écriture d'où toute sophistication est exclue.
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