3. L'œuvre en prose
• Le pamphlétaire
La « passion partisane » qui caractérise certains chants des Tragiques apparaît aussi dans l'œuvre en prose. Le Caducée, ou l'Ange de la paix est une attaque contre les « prudents », ses coreligionnaires trop accommodants, sous la régence de Marie de Médicis, avec le pouvoir royal. Il met en valeur la politique noble et intransigeante des « fermes ». Le traité des Devoirs des rois et des sujets date de l'époque de la guerre de Louis XIII contre les protestants, et oppose le bon roi au tyran. La Confession catholique du sieur de Sancy, qui ne fut publiée qu'en 1660, est suscitée par une rancune personnelle d'Agrippa d'Aubigné contre Du Perron. L'ouvrage parodie les abjurations des protestants qui se sont convertis au catholicisme pour obtenir le profit et l'honneur. C'est déjà, pour souligner la dangereuse influence de la politique sur la religion, le ton des Provinciales. Plus savoureuses sont les Aventures du baron de Faeneste, dont deux livres parurent en 1617, le troisième en 1619, et le quatrième en 1630 à Genève, où il fit scandale. Retrouvant la verve de Rabelais, « maître François, auteur excellent », d'Aubigné imagine les « dialogues » d'un gentilhomme poitevin, Enay (qui représente l'auteur lui-même), et d'un aventurier gascon ignorant et poltron, Faeneste, digne héritier du Miles gloriosus de Plaute : être et paraître, deux caractères qui s'opposent dans de véritables scènes de comédie. Par le souci de l'observation exacte, par les étonnantes caricatures des courtisans, par les tableaux de mœurs de la société de son temps et par les anecdotes rustiques du Poitou, d'Aubigné est un authentique précurseur du roman réaliste et du genre burlesque.
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