En septembre 1897, le journaliste viennois Theodor Herzl confiait à son Journal, après la réunion du premier congrès sioniste dont il avait été le maître d'œuvre : « À Bâle, j'ai fondé l'État juif [...]. D'ici cinq ans peut-être, cinquante ans sûrement, chacun le verra. » Remarquable prémonition : à quelques mois près, cette prophétie se réalisera, alors même que les chances de succès du sionisme paraissaient, au départ, minimes. Bien des juifs accueillirent d'ailleurs avec étonnement, ironie, voire colère, le projet de création en Palestine d'un foyer national juif. Cette opposition était d'autant plus virulente que rien ne prédisposait a priori Herzl, bourgeois assimilé, à se faire le chantre du sionisme. C'est précisément cette position à contre-emploi qui rend son itinéraire si singulier.
1. Un juif assimilé face à l'antisémitisme
Né en 1860 à Pest, qui sera unie à la cité jumelle de Buda douze ans plus tard, Herzl passe son enfance dans la capitale hongroise. Ses parents sont des représentants typiques de la bourgeoisie juive qui s'est constituée au cours des années 1850 avec l'émancipation progressive des juifs d'Autriche-Hongrie. Leur « sortie du ghetto » s'accompagne d'une mise à distance des pratiques religieuses : si son père se rend, par intermittence, à la synagogue, sa mère est tout entière tournée vers la littérature et la culture allemandes, orientation qui marquera profondément son fils. Herzl fréquente un collège technique, puis le lycée, avant de rejoindre, après l'installation de sa famille à Vienne en 1878, la faculté de droit, où il obtient son doctorat. Il travaille quelque temps, sans enthousiasme, comme juriste car ses ambitions sont autres : il aspire à devenir écrivain. Il livrera de nombreuses pièces de théâtre, en majorité des vaudevilles, qui lui vaudront un succès mitigé. En revanche, il montre de réels talents de feuilletoniste, ce qui lui vaut d'être remarqué par les directeurs du grand quotidien libéral de Vienne Neue Freie Presse, qui en font […]
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