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FONTANE THEODOR (1819-1898)

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3.  Des intuitions novatrices

Contrairement à ses contemporains, Fontane a ignoré ce qui, dans la société réelle de l'époque, a le plus contribué aux bouleversements profonds : les milieux de la finance, du commerce, de la presse, ces forces de l'Allemagne du xixe siècle. En revanche, il a, comme Goethe, une conscience esthétique de la fin d'une ère sociale, qu'il ne saurait présenter sans évoquer la décadence de la morale prussienne, ce mélange d'impératifs kantiens et de sens de l'honneur militaire, devenue forme vide mais néanmoins capable de dicter des comportements aussi tragiques qu'absurdes (cf. Schach von Wuthenow, 1883, où le héros préfère le suicide au ridicule social). Mais il entrevoit aussi toute la force d'un pouvoir originel qui va poindre derrière la façade de l'amour tel que le conçoit le classicisme allemand.

Par l'évocation de certains destins féminins, en effet, Fontane a percé à jour les faiblesses d'une société et le nouveau qui s'annonçait. Il a certes préféré les fragiles héroïnes aristocratiques et on lui a reproché de sacrifier au goût des romans de femmes. Pourtant, certains portraits de bourgeoises révèlent un Fontane perspicace, dur même : ainsi la bourgeoise parvenue, Frau Jenny Treibel (1892), qui brise avec arrogance tout ce qui menace l'équilibre de son milieu familial. Mais surtout l'étonnant personnage de Mathilde Möhring (1898), unique chez Fontane, qui « organise » avec âpreté et esprit de suite son mariage, dont elle attend une ascension sociale. Plus tard, veuve et respectée, elle apprendra un métier pour s'assurer par son travail une totale indépendance. On voit que, malgré sa préférence pour l'aristocratie, Fontane est loin d'en être le thuriféraire. Les lettres à son ami Friedländer ont révélé elles aussi qu'il la jugeait sévèrement et ne se laissait pas aveugler par son goût pour des traditions qu'il a aimées. C'est ainsi qu'il a pu écrire : « Le monde nouveau, le monde meilleur ne commence qu'avec le quatrième état. Tout dans les travailleurs est plus pur, plus vrai, plus vivant ; non seulement leurs objectifs, mais aussi les voies qui y mènent. »

Cela ne veut pas dire que Fontane fut progressiste. Cet esprit qui n'a jamais été politique a combiné, comme le montre son œuvre romanesque, surtout, une nostalgie « esthétique » du passé et un jugement lucide sur le présent. Entre son plaisir de conteur et le plaisir de son lecteur, il laisse ouverts les problèmes qu'il ne revient pas à la littérature de résoudre.

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EFFI BRIEST, livre de Theodor Fontane

Écrit par :  Christian HELMREICH

TheodorFontane *Le cas de Theodor Fontane (1819-1898) est assurément remarquable. Poète connu pour ses ballades et pour les récits minutieux et distanciés de ses pérégrinations dans le Brandebourg, journaliste, critique de théâtre, il n'aurait guère été considéré que comme un des auteurs mineursLire la suite

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