2. Un réalisme poétique
Certains récits recréent d'abord l'atmosphère des ballades du jeune poète, empreintes de tragique et illustrant selon la bonne tradition des régions de la marche de Brandenbourg, des dictons populaires sur les destins inéluctables de héros bizarrement élus. Ainsi dans l'Ellernklipp (« La Roche des aulnes », 1881), histoire de Hilde, fille d'une femme étrange, moitié sorcière moitié paysanne, élevée par le rude et austère forestier Baltzer Bochold, dans la maison duquel elle n'apporte finalement que trouble et malheur. Grete Minde (1880) reprend une chronique du Moyen Âge, où, déjà, le refus obscur d'admettre la dualité du désir et de la réalité – problématique que l'on retrouvera souvent chez les personnages de Fontane – aboutira à un dénouement catastrophique provoqué par le caractère « démonique » de l'héroïne.
Par la suite, les romans de Fontane seront nourris de l'expérience de l'homme mûr qui a observé, sceptique et souriant, la vie de ses contemporains : tout en restant très proche du monde, il saura avec une remarquable distance, une liberté de perspectives et une constante humanité, décrire les « réalités de la vie ». Sans avoir élaboré de véritable théorie du roman, il représente ce qu'a de spécifique le « réalisme » allemand de la fin du xixe siècle. Cette spécificité est telle qu'il n'a guère atteint aux yeux de l'étranger l'exemplarité des autres grands romanciers européens. Le choix même de ses thèmes – adultères, mariages manqués, mésalliances –, le fait qu'il évite les grands sujets historiques, les controverses politiques de l'époque, l'ont fait taxer de provincialisme, alors que s'enracine là sa force particulière d'expression. Il est vrai que ce « causeur », comme on l'a défini, qui se propose seulement de « parler au cœur et à l'imagination », pour procurer à son lecteur quelques « belles heures » en lui laissant surtout le souvenir d'une « harmonie profonde », a semblé glisser dangereusement du côté de la littérature de divertissement […]
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