On peut être surpris du silence qui, en France, a longtemps entouré ce descendant de huguenots français devenu l'un des grands écrivains allemands du xixe siècle. Rares jusqu'à ces dernières décennies ont été les traductions en français de son œuvre : ce retard est en train de se combler, certains de ses récits paraissent actuellement dans de nouvelles traductions et les lecteurs français auront accès à la totalité de son œuvre romanesque. Il est lui-même venu tard au roman – à près de soixante ans et après avoir publié de nombreux récits de voyages, des poèmes, des critiques théâtrales et littéraires – et cette œuvre de la maturité nous vaut quelques-uns des plus beaux récits de l'époque, et d'autant plus susceptibles d'être appréciés par un public français que certains aspects de sa sensibilité sont très proches de la nôtre : un scepticisme souriant qui n'est pas sans rappeler Montaigne, et l'art du raccourci – on peut même dire de la litote – font que ses romans, dont certains ont une concision toute classique, d'autres une richesse toute en nuances, offrent toujours au lecteur un plaisir fait de délicatesse et de lucidité profonde.
Avec une grande compréhension des nécessités artistiques, Fontane a réuni pour la dernière fois la plupart des moyens esthétiques développés dans la littérature romanesque depuis le xviiie siècle, et ils disparaîtront avec lui comme a disparu la société prussienne qui revit dans son œuvre.
1. De l'officine à l'écritoire
Écrivain allemand, descendant de huguenots français, Theodor Fontane est né à Neu-Ruppin, Brandenbourg, en 1819, mort à Berlin en 1898. Après avoir brièvement exercé le métier de pharmacien, il se lance dans le journalisme qui le mènera peu à peu à la littérature, mais aussi à la difficile liberté de l'écrivain. Entre 1852 et 1859, il fait plusieurs séjours à Londres comme correspondant du très conservateur Preussische Zeitung. À partir de 1862, il parcourt la marche de Brandenbourg : il publiera dans Wanderungen durch die Mark Brandenbur […]
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