6. L'ortaoyunu
L'ortaoyunu, qui fut révélé en 1834, existait assurément avant cette date. Il est interprété par des comédiens, mais reste très proche du théâtre d'ombres par son caractère satirique, son goût de l'imitation et de l'improvisation. Les acteurs avaient un jeu mécanique et clownesque, ce qui n'excluait pas une extrême sobriété, puisqu'ils rejetaient l'utilisation d'accessoires superflus, préférant créer l'objet et la matière par le geste mimé. Tout le comique reposait, en réalité, sur les quiproquos et calembours des héros burlesques : Pişekâr et Kavuklu, qui provoquaient le rire complice du public. Le lieu scénique de l'ortaoyunu, une enceinte ovoïdale délimitée par des poteaux et des fils, renfermait toute l'originalité du spectacle. Théâtre urbain comme le karagöz et semblable à celui-ci par sa structure mobile, l'ortaoyunu n'avait pas la même prédisposition pour la satire sociale et l'obscène et penchait vers des sujets pris dans l'actualité et la vie quotidienne d'Istanbul.
Les deux spectacles coexistèrent de façon parallèle ; ils se différenciaient tous deux du meddah qui tendait au psychologisme dans ses procédés. Le karagöz et l'ortaoyunu ne donnaient pas l'illusion de la réalité et interdisaient de prime abord au spectateur toute possibilité d'identification ; les acteurs de l'ortaoyunu étaient conscients d'être des représentations humaines fictives et stylisées.
L'ortaoyunu tout comme le karagöz, par leurs innovations, la modernité de leurs méthodes et de leurs pratiques, témoignent de leur actualité. Il est d'autant plus regrettable qu'ils aient disparu en même temps que les autres formes traditionnelles de théâtre, seuls témoignages de la culture et de l'art dramatique des Turcs.
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