L'idée qu'une ancienne communication marine d'orientation est-ouest avait dû séparer des masses continentales aujourd'hui adjacentes (telles l'Inde et l'Asie centrale) a été proposée dès la fin du xixe siècle, lorsque furent reconnues les analogies, voire l'identité, des faunes marines mésozoïques trouvées des Alpes jusque dans l'Himālaya. Le nom de Téthys fut proposé par Eduard Suess, en 1893, pour désigner cet espace marin, dont la disparition est à l'origine de la chaîne alpine. Définie au départ sur une base purement paléontologique (répartition équatoriale des faunes marines d'âge jurassique), la Téthys devint rapidement une notion centrale, sur le plan structural et paléogéographique, pour la compréhension de la genèse et de l'évolution de la chaîne alpine au sens large (des Caraïbes à l'Himālaya). Parallèlement, l'âge de la Téthys fut étendu au Paléozoïque ou prolongé au Crétacé, au Tertiaire et même jusqu'à l'Actuel pour certains fragments, comme la Méditerranée orientale. Au cours de la première moitié du xxe siècle, la notion de Téthys fut fortement influencée par les débats entre partisans et adversaires de la dérive continentale, et par le concept de géosynclinal.
C'est seulement dans les années 1960 que l'avènement de la tectonique globale allait, par une reconstruction continentale précise, apporter la preuve de l'existence d'un grand espace océanique subéquatorial séparant le Gondwana de l'Eurasie au Paléozoïque supérieur. Malgré une grande différence d'âge avec la conception originelle de Suess, cet espace océanique fut en effet immédiatement identifié avec la Téthys évoquée depuis longtemps par les paléontologistes et les stratigraphes. La géologie des marges continentales étant mieux connue, il fut possible d'identifier sur le plan sédimentologique les bordures mêmes de la Téthys, malgré leur tectonisation ultérieure dans la chaîne alpine : il devint alors évident que la Téthys alpine s'était ouverte, à partir du Trias, par fracturation de la marge du Gondwana, et […]
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