2. Valeurs et enseignements
• Un théâtre de jeunesse
Africain d'origine, peut-être natif de Carthage, et « déraciné » dès son plus jeune âge, Térence subit l'influence d'un groupe d'hommes qui ne jurent que par les lettres helléniques. Ils goûtent à plein l'émerveillement d'être, comme dit Sainte-Beuve, « d'une même volée », et se sentent promis à une tâche commune : assimiler au mieux l'héritage des générations précédentes, mais également, et avant tout, faire triompher les idées de la nouvelle école. Ces idées, volontiers « contestataires », circulent librement à travers conversations et lectures, et comme, pour reprendre une boutade de Nietzsche, « un grand homme n'a pas seulement son esprit, mais aussi celui de ses amis », les comédies de Térence reflètent si nettement la mentalité et les tendances de son « équipe », qu'on a tendu parfois à voir en elles le produit d'une collaboration. C'est là chercher à leur auteur une vaine et fausse querelle : elles traduisent tout simplement les aspirations d'une époque et aussi d'un âge de la vie. Ce poète sortant à peine de l'adolescence, recueilli, éduqué, puis affranchi par son maître, Terentius Lucanus, et que Suétone, son biographe, dépeint comme un être fragile, « de taille moyenne, le corps frêle, le teint brun », nous fait songer au petit berbère d'André Gide. Son théâtre apparaît comme un théâtre de la jeunesse, un composé de revendications sentimentales et modérément sociales. Qui dit jeunesse, dit à la fois, admirations exclusives, parti pris dans la révolte comme dans l'obédience, irrévérence et désinvolture. Ce sont autant de traits qu'on relève chez l'auteur latin ; notamment dans ses prologues. Le prologue, simple exposition chez les Grecs – assez proche du programme d'aujourd'hui –, était déjà devenu, chez Plaute, selon l'heureuse formule de P. Fabia, « un sommaire encadré dans des actualités », susceptible d'allécher le public et de le rendre attentif au spectacle. Térence, plus « homme de lettres » que son prédé […]
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