Terme abstrait, mais qui se veut concret. La temporalité est le temps vécu par la conscience, celui dont elle fait l'expérience et qui déploie, à partir du présent (seul moment que saisisse une attention opérante), un passé qui est fait de rétentions utilisées comme acquis et comme appoint pour l'action (mais c'est le présent qui somme et interprète ce qui fut actuel et ne l'est plus) et un futur qui est fait de protentions, c'est-à-dire de projets, de possibilités nouvelles (mais c'est encore le présent qui anticipe l'avenir, en fonction de ses souvenirs et de ses prises). À la distinction proposée par Bergson entre temps qualitatif (celui de la durée intérieure) et temps quantitatif (celui des chronomètres), Gaston Berger ajoute celle du temps existentiel (ou temps à tonalité affective) et du temps opératoire (ou temps de l'action sur les choses, qui est objectif, mesurable).
Alors que les Anciens concevaient le temps comme cyclique (périodes ayant un contenu identique et se répétant sans fin), les Modernes le considèrent comme linéaire (progression d'une histoire orientée ou, du moins, d'une évolution indéfinie). Quant aux physiciens, ils parlent de « temps propre », par opposition au temps du sens commun ; ils admettent une pluralité des temps propres, par impossibilité de rapporter tous les phénomènes de l'univers à un seul et même temps. Mais le temps des physiciens n'est pas la temporalité, qui est la vie même de la conscience et qui comporte les trois opérations décrites plus haut (par emprunt partiel aux analyses phénoménologiques de Husserl). En outre, la temporalité comporte un élément dramatique : elle vit une menace, celle de l'instant ultime, qui sera la fin, la caducité de tout projet.
Henry DUMÉRY
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