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TEMPÉRAMENTS INDIVIDUELS

Le tempérament est pour chacun la marque de l'influence de l'organisme sur l'individu tout entier. Il se situe entre la constitution (ou morphotype), qui exprime le type anatomique (bréviligne, longiligne ; rétracté, contracté ; digestif, musculaire ; etc.), et le caractère, structuration des traits psychologiques (sentimental, passionné, etc.). Il y aurait donc une étroite parenté entre le tempérament et un certain terrain physiologique inscrit dans le phénotype de chacun. Ce lien a été pressenti dès l'Antiquité puisque le mot « tempérament » (du latin temperamentum), à l'origine synonyme et doublet de « température », et introduit en français par un chirurgien qui enseignait au xvie siècle (Jean Canappe, 1537), signifia d'abord « mélange équilibré » ; il servit à traduire le grec chrasis (crase), au sens hippocratique et surtout galénique d'une santé résultant de l'équilibre des quatre humeurs fondamentales : le sang, la bile, l'atrabile et la pituite.

Cet équilibre résultant de combinaisons diverses selon la prédominance de l'un ou de l'autre de ces éléments, il se dessine donc une typologie quadripartite, constituée de sanguins, de bilieux, de mélancoliques et de flegmatiques. Cette typologie persista avec de minimes modifications dans les vocables (sanguin, colérique, nerveux, lymphatique) et eut presque jusqu'à nos jours de fervents partisans (en dernier lieu R. Allendy et P. Carton).

Dans ce système, le sanguin est pléthorique, sensuel, actif, aimable, prédisposé à l'arthritisme ; le bilieux, guetté par les maladies du foie, a un caractère opiniâtre et difficile, une bonne musculature et un teint bistre ; le nerveux, à la limite de la pathologie mentale, est émotif, déprimé et d'un physique débile, avec une grosse tête ; enfin, le lymphatique est pâle, flasque, obèse, apathique, prédisposé à la tuberculose et au rachitisme.

Bien qu'il ne reste rien de la théorie des humeurs, et que cette catégorisation ne s'accorde que très irrégulièrement avec la réalité empirique, il semble qu'il y ait une certaine vérité dans cette quadripartition, qu'on retrouve dans la plupart des biotypologies, soit en quatre types (Sigaud, Pavlov, Corman), soit en huit, à la suite d'une dichotomie supplémentaire (Pende, Heymans-Le Senne, Klages, Jung, Vannier). Peut-être est-il plus sage d'abandonner actuellement le concept de tempérament, et d'approfondir, d'une part, l'étude des biotypes (à la suite de Kretschmer, Viola et Pende, Corman, Sheldon), d'autre part, celle de la psychologie différentielle (à la suite de Le Senne, Cattel, Eysenck ; Freud et W. Reich, Szondi, Jung...). Toute synthèse entre les deux séries, que ce soit à la manière de Pavlov ou à celle de Sheldon, apparaît prématurée. Mais le jour où serait établie une typologie psychosomatique unifiée, on pourrait reparler de tempérament.

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