3. La diaspora méridionale
Après la chute de Vijayanagar, la vie littéraire se replie sur les principautés locales, émigre auprès des cours méridionales de Tanjore et de Madurai, s'accroche au petit royaume de Pudukkottai, se réfugie chez les princes de Mysore. La littérature traditionnelle que Timmakavi illustre encore au xviiie siècle se stérilise par le raffinement verbal, avec cependant de rares oasis de poésie comme Paparāju. En revanche, les mètres indigènes populaires prennent un nouvel essor, ainsi qu'une sorte de mélodrame musical ou d'opéra, le fameux yakṣagana à la cour de Tanjore. Les premières œuvres en prose apparaissent dans une langue plus simple ; surtout, la musique et le chant engendrent leurs classiques : bilan important, pour une période où les puristes ne voient que décadence. À Tanjore, la brillante cour de Raghunatha, poète lui-même, abrite Cēmakūra Vēṅkata Kavi, le meilleur poète de l'époque, auteur du Vijaya vilāsam (env. 1630). La cour de Madurai est témoin du développement littéraire de la prose, œuvres quasi historiques, ou adaptations populaires de sujets jusque-là réservés à la poésie. Les deux plus grands musiciens de tout le sud de l'Inde, Kṣētrayya, plus littéraire, au xviie siècle, et surtout Tyagarāja, plus mélodieux, au milieu du xviiie siècle, dominent encore la musique dite « carnatique ». Malgré quelques auteurs de śataka aux accents de désespoir, on ne saurait trouver moribonde une littérature parce qu'elle lie son sort au chant, à la musique et à la danse (cf. traditions musicales - Inde).
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