5. Faut-il inhiber la télomérase ?
La mise en évidence du rôle de la télomérase dans la transgression des barrières biologiques qui empêchent la transformation cancéreuse peut-elle conduire à des applications thérapeutiques à plus ou moins court terme ?
En principe, on devrait pouvoir inhiber l'enzyme. L'activité de celle-ci est une activité de type transcriptase inverse (copie de la matrice ARN en ADN télomérique), reposant sur la sous-unité TERT. Il a été possible d'obtenir des inhibiteurs de la transcriptase inverse du VIH. De la même manière, il est envisageable de mettre au point des inhibiteurs de la sous-unité TERT, dont la structure paraît peu différente de celle des enzymes virales.
Il y a néanmoins des réserves de deux ordres. D'abord, les effets secondaires. A priori, la thérapie serait relativement spécifique des cellules tumorales, les cellules somatiques normales n'exprimant pas, dans leur très grande majorité, la télomérase qu'il s'agit d'inhiber. Outre l'effet attendu sur les cellules germinales, il resterait toutefois le problème des cellules souches qui permettent le renouvellement de différents tissus, hématopoïétique notamment, et dont la préservation est vitale.
Ensuite, qu'en est-il de l'efficacité antitumorale proprement dite ? En ce qui concerne la tumeur déjà constituée, la télomérase permet certes la prolifération indéfinie. Mais à ce titre, en stabilisant les chromosomes, elle joue peut-être aussi un rôle limitant dans l'accumulation des remaniements chromosomiques permettant à la tumeur d'acquérir des caractéristiques de plus en plus agressives, en matière de chimiorésistance, de potentiel métastatique ou d'induction d'une angiogenèse à son profit, par exemple. Par ailleurs, en ce qui concerne l'évolution de la tumeur sous traitement, l'existence de mécanismes d'allongement des télomères indépendants de la télomérase (ALT) peut faire craindre la sélection de cellules exprimant ces mécanismes alternatifs.
L'inhibition de la télomérase soulève donc d'emblée des problèmes de tolérance et d'efficacité. Il s'agit sans doute d'une piste, mais sans doute pas d'une recette miracle contre le cancer. À court terme, la principale application des résultats acquis sur la télomérase pourrait être non pas thérapeutique mais diagnostique. Détectable dans quelque 90 p. 100 des tumeurs, la télomérase pourrait en effet être le marqueur le plus général de la transformation cancéreuse à l'échelle cellulaire.
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