Appartenant à une éminente famille du pays vili, né à M’Pili, dans la région du Kouilou, fils d'un instituteur qui devait devenir le premier député noir représentant la colonie du Moyen-Congo à l'Assemblée nationale française, Gérald-Félix Tchicaya est tôt venu en France pour y étudier. Adolescent rebelle, souffrant dans sa chair (il devra être opéré d'une malformation du pied), il trouve dans la poésie, découverte notamment à travers Rimbaud, la voie royale de sa révolte, individuelle et déjà collective. D'où le pseudonyme qu'il choisit lors de la publication de son premier recueil : Tchicaya U Tam’si, qu'il se plaisait à traduire par « petite feuille qui parle pour son pays ». Installé dans la région parisienne, préférant aux cursus universitaires les petits métiers et les cafés littéraires de la rive gauche, travaillant beaucoup pour la radio, il retrouve l'Afrique en 1960, lors de l'accession à 1'indépendance de l'ancien Congo belge. Il est à Léopoldville (aujourd'hui Kinshasa) le directeur, pendant six mois, du journal Congo, publié par le Mouvement national congolais de Patrice Lumumba, et assiste aux convulsions qui marquent la naissance du futur Zaïre. Méfiant envers le régime qui prend en charge, à Brazzaville, le nouveau Congo indépendant (son président, l'abbé Fulbert Youlou, avait réussi à éliminer son père de la scène politique), il trouve à l'U.N.E.S.C.O., à Paris, des postes qui lui permettent de poursuivre son œuvre littéraire. Tchicaya U Tam'si est bientôt devenu le témoin passionné du passage à l'âge adulte de la littérature africaine de langue française.
Dès les premiers vers du poème qui ouvre son premier recueil publié (Le Mauvais Sang, 1955), la note fondamentale de la poésie de Tchicaya U Tam’si est bien reconnaissable : Pousse ta chanson / Mauvais sang / comment vivre / l'ordure à fleur de l'âme, être à chair regret.
Lyrisme, ironie (et d'abord envers soi-même), ellipses, ruptures des tons et des images, éclats baroques des brisures et des collages : ce seront les traits caractéristiques de tous l […]
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