4. Le tarot et les joueurs
Pendant ce temps, la pratique du jeu ne s'éteignait pas pour autant. Repliée dans les provinces de l'est de la France (Alsace, Franche-Comté, Bourgogne, Lyonnais, Provence), elle n'en connaissait pas moins des joueurs passionnés restés fidèles aux vieux tarots italiens. C'est surtout dans les pays de langue allemande que le tarot, modifié comme on l'a dit, a trouvé des adeptes sans cesse plus nombreux. Le jeu était assez bien installé à Vienne au tournant du siècle, au point d'être devenu un signe de reconnaissance que saluèrent les artistes du mouvement Sécession et auquel Sigmund Freud payait son tribut hebdomadaire.
Ces tarots « allemands » n'avaient pas échappé aux quelques joueurs français qui en avaient découvert les avantages : débarrassées des lourdes allégories de plus en plus marquées par la divination, les cartes étaient plus lisibles, dotées de chiffres arabes et non plus romains sur les atouts et des couleurs françaises désormais nettement plus familières. Autour de 1900, ce « tarot nouveau », encore appelé « allemand » par les fabricants jusqu'à la veille de la Grande Guerre, fut introduit en France et remplaça petit à petit les cartes traditionnelles. Ce devait être l'instrument d'une lente et surprenante reconquête du tarot en France, particulièrement après la Seconde Guerre mondiale. Depuis lors, il a progressivement gagné l'ensemble du territoire, séduisant les lycéens et les conscrits, puis d'autres groupes d'âge, qui ont trouvé là un jeu tout à la fois savant et simple. Une Fédération française de tarot, créée en 1974, organise des championnats réguliers et même des tournois en « duplicate », c'est-à-dire avec donnes préparées identiques remises à chaque table. Plusieurs manuels de qualité accompagnent ces évolutions.
La France est ainsi aujourd'hui le pays où l'on joue le plus au tarot. Toutefois, il faut bien reconnaître que ce jeu vénérable, qui avait su traverser les siècles à peu près sans changement majeur dans ses règles de base, s'éteint à petit feu en Allemagne et en Autriche et ne subsiste plus que dans les marges de l'ancien Empire austro-hongrois, sans oublier son pays de naissance, l'Italie, où il persiste dans des « réduits », il est vrai fort résistants, comme le Piémont, Bologne et quelques villages siciliens.
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