2. Un conteur épique
La poésie de Chevtchenko est souvent une poésie épique. Épiques, non seulement ses longs poèmes – récits évoquant les exploits passés des Ukrainiens, comme les Gaïdamaks dont le sujet est emprunté à l'insurrection paysanne de l'Ukraine en 1768, mais aussi des poèmes moins longs, comme Gamalia, ce récit de l'expédition des Cosaques partis arracher aux Turcs leurs frères prisonniers. Il est aussi de courts poèmes où le lyrisme personnel rejoint un souffle d'épopée, celui de la lutte et de la souffrance de l'Ukraine.
Si Chevtchenko est un conteur, le plaisir de raconter et de versifier n'est pas son principal mobile. Il est clair que dans chaque récit Chevtchenko projette ses préoccupations actuelles, que chaque poème est écrit à la lumière de celles-ci, que ces poèmes doivent servir le patriotisme ukrainien, fonder l'espoir et l'action de son peuple : le passé garantit l'avenir. Aux yeux de Chevtchenko, l'épopée est écrite par le peuple ukrainien, pour lui, pour son action libératrice. Comme font les auteurs d'épopée, Chevtchenko s'est servi des récits historiques, des contes populaires, des légendes, des poèmes transmis par la tradition orale, par les kobzars (les kobzars, des bardes en somme, chantaient en s'accompagnant de la kobza, une sorte de vielle ; c'est pourquoi les poèmes de Chevtchenko ont été réunis sous le titre de Kobzar, les éditions successives ayant été enrichies de poèmes nouveaux).
Et notre poète a tout refondu au feu de sa forge. Puissante forge que cet homme bon, sensible, sentimental, impatient, véhément, si tendre pour ses amis et compagnons de lutte, qui parfois se sent bien seul et las, mais qui malgré tout ne désarme pas.
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