3. « L'époque classique » du tapis d'Orient
La période qui va de la fin du xve siècle à la fin du xviie siècle est qualifiée d'« époque classique » du tapis. C'est alors que les caractéristiques particulières des différentes régions se manifestent avec netteté et apparaissent dans des originaux impressionnants. En Asie Mineure et dans le Caucase, on observe une tradition ininterrompue des dessins au cours des siècles. Dans les spécimens plus tardifs règnent, comme au Moyen Âge, des motifs au dessin rigoureux et clair, régulièrement alternés, qui couvrent tout le champ dans un rapport infini. Ils apparaissent non seulement sur les tapis dits de Holbein et de Lotto avec un assemblage de rhombes ou d'octogones ou un décor d'arabesques, mais aussi sur les tapis d'Ouchak. Ces derniers reprennent souvent les grands dessins de médaillons de l'art persan. Mais tout comme les motifs en étoiles plus sévères les médaillons s'intègrent en un décor continu qui couvre tout le champ. Le coloris aussi dépouillé que le dessin est limité à deux teintes prédominantes : comme le rouge et le jaune dans les Lotto, le bleu foncé et le rouge dans les tapis d'Ouchak à étoiles et à médaillons, ou un décor sombre sur fond ivoire dans les « tapis aux oiseaux et Tschintamani » (sphère). Les motifs zoomorphes des tapis médiévaux trouvent leur continuation dans les « tapis de dragons » du Caucase. Toutes les formes naturelles sont stylisées en grands motifs géométriques, conférant ainsi aux fabrications de ces contrées une vigueur grandiose d'une étrange rudesse. Les dessins persans sont aussi transformés dans ce sens et harmonieusement intégrés aux motifs caractéristiques où plusieurs rangs de pampres décalés les uns par rapport aux autres se chevauchent. Par la structure de leur dessin les tapis mamelouks égyptiens sont en contraste marqué avec ceux d'Asie Mineure et du Caucase. Dans les grandes pièces, un ou plusieurs champs nettement délimités sont dominés respectivement par un motif central principal – étoile ou polygo […]
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