Sœur de l'écrivain Jean Amrouche, Taos Amrouche appartient à la Petite Kabylie, par son père, à la Grande Kabylie, par sa mère. Mais les hasards de l'histoire qui voulut que ses parents, en échange d'une bonne instruction française, fussent amenés à adopter le christianisme, puis la nationalité française, la firent naître à Tunis où les siens s'étaient exilés pour fuir l'exil intérieur au pays même. En cette « figue de Barbarie » que fut la famille Amrouche, deux des enfants, Jean et Taos, voulurent préserver la conscience la plus aiguë de leur double appartenance maghrébine et française, et s'attachèrent à jouer un rôle médiateur.
C'est à leur mère, Fathma, qu'ils doivent d'avoir su relier les rives des deux mondes. Cette femme, auteur d'une Histoire de ma vie (1968), se rattachait à une lignée d'aèdes, dont elle avait retenu les chants. Jean et Taos se mirent, l'un à traduire les poèmes, et cela donna les Chants berbères de Kabylie (1939), l'autre à compléter la collecte et à interpréter les chants. Douée d'une voix exceptionnelle, allant du plus grave au plus aigu, à la fois ample et riche de timbre, Taos, dès vingt ans, se sentit appelée à se consacre […]
