Si l'on exclut Qu Yuan qui est très connu mais peu lu, Tao Yuanming est, chronologiquement parlant, le premier grand poète chinois, et peut-être le plus aimé de tous. À première lecture, l'Occidental peut s'étonner de cette admiration ; on est en présence d'environ cent cinquante œuvres – poèmes et morceaux de prose très courts – au style sobre et direct, sans métaphores frappantes ou images recherchées, les mêmes thèmes étant constamment ressassés : descriptions du dur travail paysan, plaidoyer pour la vie de retraite contre l'engagement politique. Mais le lecteur chinois y reconnaît la lutte d'un homme absolument seul, qui essaie (et parfois arrive) à se réconcilier, dans ses vers, avec un monde et une tradition qui semblent au premier abord hostiles. Par ses symboles – le pin solitaire, le chrysanthème qui brave le froid, l'oiseau qui sait se réfugier dans son nid le soir –, il a su dépeindre une existence sans appui religieux ou métaphysique et qui réalise malgré tout un équilibre, ambitions sociales et civiques et dévouement au confucianisme traditionnel trouvant un apaisement dans la simple vie de famille au sein de la nature.
