3. Les doctrines
Formant le noyau secret (ou la superstructure ésotérique) de l'hindouisme et informant une grande part du rituel généralement pratiqué, le tantrisme n'a pas un corps de doctrines qui lui soit entièrement propre. Ses textes sont peu philosophiques, même quand ils comportent une « section de la doctrine » comme c'est (très théoriquement) le cas pour les Āgama et les Samhitā. Certes, il y a eu d'importants philosophes tantriques, en particulier dans les traditions cachemiriennes, mais ils étaient d'écoles différentes. D'où l'absence d'un ensemble doctrinal original commun. Le fonds des doctrines tantriques hindoues est celui de l'hindouisme : il vient pour l'essentiel des darśana classiques. La cosmogonie repose sur les catégories du Sāṃkhya complétées par en haut en comptant trente-six tattva (au lieu de vingt-cinq) et tient à celle des Purāna (eux-mêmes parfois tantrisés). Ses spéculations magico-linguistiques reposent sur la grammaire et la phonétique traditionnelles et empruntent à la Mīmāṃsā. Le yoga tantrique s'est développé sur la base de celui de Patañjali. La métaphysique est de type védantique : dualiste (dans les Āgama), dualiste mitigé ou surtout non dualiste (en particulier dans le shivaïsme des Bhairavāgama), car cela s'accorde mieux avec la vision tantrique du cosmos et de l'homme. Le Pāñcarātra a une conception particulière du déploiement (vyūha) de la création à partir d'hypostases de Viṣṇu.
Caractéristique du tantrisme est sa conception de la divinité. Celle-ci, au plan suprême, transcende toute dualité, mais elle est, en tant que telle, conçue comme ayant deux aspects inséparables, masculin et féminin (Śiva/Śakti, Viṣṇu/Śrī, etc.), dont l'union, sexuée, marque le point de départ du cosmos comme celui de son retour à l'origine. De ces aspects, c'est le féminin qui est actif, qu'il domine l'autre ou non. La création est l'œuvre de cette énergie féminine : elle en est toute pénétrée et se déploie comme un vaste jeu cosmique. La śakti, qui so […]
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