3. Les comédies de la vieillesse
En 1954, trente ans après avoir quitté la capitale, Tanizaki se fixe à nouveau près de Tōkyō. Il connaît les honneurs, dans son pays et à l'étranger. Il écrit moins. Puis il publiera ses deux derniers grands romans, qui l'un et l'autre – et à son grand contentement – feront scandale. Kagi (1956, La Clé, traduit sous le titre La Confession impudique) se compose de fragments des journaux intimes que tiennent un professeur d'université (à Kyōto, la capitale de la tradition !) et sa femme : l'homme, prisonnier de ses phantasmes, succombe à la fascination érotique et s'anéantit. Fūten rōjin nikki (1961-1962, Journal d'un vieux fou) retrace les derniers mois d'un homme riche, retiré dans sa villa de la banlieue de Tōkyō, ses rêves, ses caprices, sa déchéance. Tanizaki revient à la réalité la plus immédiate de son temps et il se plaît à en fixer les signes et les mythes, en des pages rigoureuses, souvent âpres, qu'illuminent de flamboyantes gravures sur bois de Munakata Shikō.
Dans ses essais critiques, il semble éviter le mot geijutsuka (« artiste »), d'origine récente, et lui préfère celui de geinin, terme plus ancien qui désignait tous ceux qui exerçaient un art : les comédiens, les gens de plume ou même les saltimbanques parcourant le pays pour montrer leurs tours. Jusque dans le Journal d'un vieux fou, il témoignera son admiration envers les grands acteurs de kabuki, ces maîtres de la parfaite illusion. Ses innombrables romans à la première personne se présentent comme des confessions. Fallacieuse sincérité ! Le lecteur se trouve soudain pris dans un engrenage et voit comment, d'une manière imperceptible, lente mais inéluctable, se renversent les relations entre les personnages : les êtres forts et sûrs d'eux-mêmes, qui dominent les premiers chapitres, le sont moins qu'il n'y paraît. Chaque récit de Tanizaki est un piège.
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