3. Une colonie japonaise
Taïwan passait sous la domination coloniale du Japon et devait y rester cinquante années. Pendant toute cette période, les rapports entre la colonie et la métropole s'organisèrent selon le modèle colonial le plus classique : subordination étroite de l'économie, contrôle politique, oppression culturelle. Ces rapports furent mis en place sous le proconsulat de Goto (1898-1906), qui est le contemporain de Doumer en Indochine et de Curzon aux Indes britanniques ; il organisa le pouvoir colonial japonais à Taïwan selon les mêmes principes.
Le Japon transforme Taïwan en producteur des denrées dont il a directement besoin : le sucre (la production passe de 45 000 t en 1902 à 498 000 t en 1925), le riz, dont la production quintuple, la patate douce, la banane. La moitié du riz, les trois quarts des bananes partaient pour le Japon. Mais le thé, qui concurrençait le thé japonais et qui était jusqu'en 1895 une exportation renommée de l'île, décline brusquement. Entre 1897 et 1935, le commerce de Taïwan avec la métropole augmente plus de cent fois (de 5 millions à 532 millions de yen), tandis que les échanges avec les pays étrangers ne font que tripler (de 25 millions à 81 millions de yen).
Goto développe en effet l'infrastructure ferroviaire, routière et portuaire, pour permettre à la fois le drainage vers le Japon des produits de l'île et la distribution des produits fabriqués japonais. Il n'existe en revanche aucune industrie, sinon les sucreries nécessaires pour exporter le produit sous une forme plus maniable. La Banque de Taïwan, liée aux gros monopoles japonais (Mitsui, Mitsubishi), contrôlait l'agriculture, le commerce, la monnaie, et fut de 1910 à 1930 un des principaux instruments de la pénétration impérialiste japonaise en Chine du Sud.
Sur le plan politique, le contrôle japonais est aussi strict. La « loi 63 », promulguée dès 1896, donnait au gouverneur général japonais le pouvoir exécutif et législatif intégral. Goto, en 1902, avait solidement réorganisé l […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 30 pages…



