10. Le cinéma
Dans les années 1980, les films de Hou Hsiao-hsien et d'Edward Yang font de Taïwan, dont la production a longtemps été ignorée, le centre du cinéma asiatique. Ce « nouveau cinéma », en phase avec celui qui émerge alors en Chine populaire grâce à Chen Kaige ou Zhang Yimou, offre au cinéma chinois une alternative inédite qui tranche avec celle que le cinéma de Hong Kong, découpé par genres et gouverné par une stricte économie de marché, a longtemps assumée. L'arrivée plus tardive de Tsai Ming-liang, dans le sillage de ses deux aînés, confirme cette tendance, au sein d'une industrie du cinéma devenue exsangue dans l'intervalle, sans véritable espoir de reprise.
Pour des raisons politiques, le cinéma de Taïwan a pris un énorme retard. Pendant la longue occupation de l'île par les Japonais (1895-1945), le cinéma est entièrement sous leur contrôle et ils produisent en japonais quelques films de fiction (Les Yeux de Bouddha est le premier, tourné en 1922). Le public taïwanais découvre les films chinois des studios de Shanghai, dont l'importation est interrompue lorsque le Japon se lance à la conquête de la Chine en 1937. Par la suite, seuls les films japonais, allemands et italiens sont autorisés. À l'issue de la défaite du Japon en 1945, Taïwan retourne à la Chine, placée sous le contrôle du gouvernement nationaliste du Guomindang qui, à la suite de sa défaite face aux communistes en 1949, se replie sur l'île, qu'il n'a pas quittée depuis lors. Deux organismes officiels, le Studio du cinéma taïwanais (S.C.T.) et le Studio du cinéma chinois (S.C.C.) monopolisent la production, répartie entre documentaires éducatifs et fictions de propagande anticommuniste, le genre dominant des années 1950. Une première brèche s'ouvre en 1955 avec l'apparition d'un film parlé en dialecte taïwanais, quand toute la production est alors en mandarin. Une seconde, l'année suivante avec la création d'une société indépendante. Dès lors, la production privée, grâce à sa collaboration écono […]
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