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BEN JELLOUN TAHAR (1944- )

Écrivain marocain de langue française, originaire de Fès (ville dont son œuvre explore la topographie mythique), Tahar Ben Jelloun a soutenu une thèse de psychiatrie sociale, dont il a tiré un essai sur la misère morale et sexuelle des immigrés maghrébins, La Plus Haute des solitudes (1977). Venu à la littérature dans la mouvance de la revue Souffles, qui liait la critique de la situation marocaine à un travail littéraire de subversion des formes, il s'est installé à Paris pour y devenir écrivain et journaliste. Homme de dialogue, il incarne l'intellectuel moderne du Maghreb, « passeur » de culture entre les deux rives de la Méditerranée. Ses poèmes, rassemblés dans plusieurs recueils (À l'insu du souvenir, 1980 ; Les amandiers sont morts de leurs blessures, 1986), disent « l'homme éclaté », la mise au jour par la quête poétique d'une mémoire couturée de cicatrices : mémoire du poète ou mémoire collective des villes de l'enfance, Fès ou Tanger ; échos des colères populaires ou douleurs de la guerre palestinienne. Ses romans choisissent « l'irréalisme de l'écriture » et mêlent les codes et les genres. « Roman-poème », Harrouda (1973) emprunte son nom à la prostituée mythique des villes marocaines et invite à déchiffrer tous les signes qui s'inscrivent sur le corps des hommes et des villes : cicatrices, tatouages, graffiti, etc. — autant de traces qui dénoncent les censures traditionnelles, les manipulations de la parole sacrée, les blessures de la colonisation... Sans perdre son goût pour la sémiologie, l'œuvre ultérieure s'enrichit de la familiarité des maîtres de la pensée arabe aussi bien que de Nietzsche ou de Borges. Le choix de formes littéraires en dérive, les discontinuités narratives, les surgissements de bouffées lyriques permettent de faire entendre la parole des sans-paroles : les travailleurs immigrés dans La Réclusion solitaire (1976) ; les femmes et toutes les victimes de l'injustice sociale marocaine auxquelles la figure populaire de Moha le Fou, Moha le Sage (1978) prête sa voix. Après La Prière de l'absent (1981) et L'Écrivain public (1983), L'Enfant de sable (1985) retrouve les arabesques aléatoires du conteur traditionnel pour traiter le thème de la fille (la huitième d'une famille sans enfant mâle) élevée comme un garçon, et plonge ses lecteurs dans le vertige de l'identité impossible. La Nuit sacrée (prix Goncourt, 1987) poursuit cette variation sur le conte arabe. Avec Les Yeux baissés (1991), Tahar Ben Jelloun renoue avec une veine plus réaliste pour évoquer la double exclusion qui frappe la femme émigrée.

Jean-Louis JOUBERT

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MAGHREB - Littératures maghrébines

Écrit par :  Jamel Eddine BENCHEIKHChristiane CHAULET ACHOURAndré MANDOUZE

Dans le chapitre "Après 1962"  : …  avec, à son actif, une quinzaine de romans d'une grande diversité, notoriété qu'il partage avec *Tahar Ben Jelloun (né en 1944), dont les romans et récits sont simultanément célébrés par le public et, souvent, critiqués par l'intelligentsia marocaine ; ainsi de la polémique qui a entouré son roman, Cette aveuglante absence de lumière,… Lire la suite

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