2. Restructuration et modernisation du monde agricole
• L'unité imposée sous Vichy : la Corporation paysanne
Après le profond traumatisme de la défaite de juin 1940 et l'effondrement de la République qui s'ensuit, se met en place un régime autoritaire, xénophobe et antisémite, clérical et fascisant. Le néo-corporatisme hérité de la branche conservatrice du catholicisme social devient la référence doctrinale de « l'État français » pour conduire le « redressement intellectuel et moral » du pays. Et c'est dans l'agriculture que le régime dispose des forces sociales les plus favorables pour réaliser son projet. La Corporation paysanne est lancée par la loi du 2 décembre 1940. À chaque niveau territorial, de la commune jusqu'à la nation, ne doit subsister qu'une seule organisation syndicale. De même, les mutuelles, le crédit et les coopératives doivent être unifiées par branches. Dans un premier temps, la mise en place de la Corporation s'effectue par une succession de cooptations descendantes depuis le pouvoir central, puis, en retour, ces désignations sont confirmées par une suite ascendante de votes. Dans la construction de cette pyramide, les dirigeants émanant de la rue d'Athènes sont très majoritaires. Cela ne fait que refléter le rapport de force existant au niveau syndical. En général, cette unification syndicale n'a guère posé de problèmes : la dualité des structures restait assez rare dans une même commune.
En revanche, dans le domaine de la mutualité et de la coopération, les résistances furent plus vives. Contrairement à la doctrine, aucun pouvoir réglementaire ne fut dévolu à la Corporation, en raison de désaccords au sommet du régime et surtout du contexte d'économie de guerre. La Corporation, qui devait faire grand œuvre éducatif et social, s'enlise en fait dans les opérations de ravitaillement alimentaire du pays et à destination de l'occupant pour lesquelles elle est mise à contribution afin de répartir les impositions auprès des agriculteurs. En même temps, bie […]
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