5. L'écriture symphonique
On a vu que l'esprit symphonique était sans doute responsable de l'établissement de rapports d'un type nouveau entre le public et la musique. L'auditeur, en face d'une « symphonie » qui lui est donnée à entendre, se trouve, en quelque sorte, dans une position analogue à celle d'un spectateur en face d'un spectacle. Il ne s'agit pas, ici, comme dans le cas des œuvres musicales destinées à la scène, de traiter la musique comme accessoire de théâtre : c'est la musique elle-même qui devient un spectacle pour l'oreille. Il y a un fossé entre les exécutants et l'auditoire, comme il y a, entre la musique et le public, une distance et un recul qui n'impliquent pas nécessairement l'insensibilité : au contraire, l'histoire des concerts symphoniques apporte de nombreux exemples de « foules en délire » transportées par les seuls effets de la musique.
C'est précisément le souci de ces effets qui est la racine même de l'esprit symphonique. Si l'on admet que le concert est un spectacle, la loi du spectacle autorise – pour la bonne cause – toutes les supercheries, tous les déguisements, tous les maquillages. De même qu'il y a un art du décor, en trompe-l'œil, de même les symphonistes vont cultiver celui du « trompe-l'oreille » qui repose sur de purs artifices d'orchestration faussant la perspective sonore.
L'utilisation du grand orchestre va souvent encourager abusivement un type d'écriture « pleine », « riche », « habillée », caractérisée par une surcharge des parties intermédiaires qui donnent, comme l'on dit, du « ventre » à l'orchestre. Il en résulte en général une sorte de magma sonore qui nuit à la perception claire, mais qui, pour cette raison, a quelquefois le mérite de masquer certaines faiblesses de la composition.
Par ailleurs, la recherche d'effets « psychologiques » sans signification proprement musicale conduit le compositeur à exploiter largement les ressources de la « dynamique », usant du crescendo, du decrescendo, des accents « expressifs » ou des fortissimi à la limite du seuil de douleu […]
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