3. L'orchestre symphonique
Le développement de l'esprit symphonique avec toutes ses exigences sur le plan de l'exécution est lié au développement des grands orchestres de professionnels, à l'amélioration et surtout à la normalisation de la facture, et à la diffusion dans toute l'Europe des mêmes techniques instrumentales. Dans une certaine mesure, l'histoire de la symphonie – morceau de concert par excellence – se confond avec celle de l'orchestre moderne, qui prend le nom de « symphonique » lorsqu'il est au complet.
La plupart des symphonies de Haydn ont été écrites pour un orchestre d'une trentaine de musiciens comprenant, en plus des cordes, 2 hautbois, 2 cors et 2 bassons. Mozart n'en demande pas beaucoup plus, mais, peu à peu, irrésistiblement, l'orchestre s'enrichit en accueillant sans cesse de nouveaux instruments à vent et à percussion qui entraîneront – par un souci d'équilibre d'ailleurs discutable – une augmentation du nombre des cordes. Il est vrai que la notion de « masse » sonore appartient à la nature fondamentale de la symphonie.
La coordination des éléments de ce vaste ensemble pose des problèmes spécifiques qui ont donné naissance à un musicien d'un nouveau genre : le chef d'orchestre. Si l'on songe que certaines partitions sont écrites sur du papier à 32 portées, on admettra que l'exécution d'une œuvre de cette nature est une opération complexe qui tient à la fois de l'entreprise industrielle et des grandes manœuvres militaires.
Le cérémonial du « concert » est aujourd'hui quelque peu remis en question, mais il demeure encore presque partout comme une tradition vivace. C'est au xviiie siècle, avec les premiers concerts symphoniques, qu'il a pris naissance. Les fameux « Concerts spirituels » qui firent connaître à Paris les œuvres symphoniques de Haydn, de Mozart et de l'école de Mannheim en sont un exemple particulièrement remarquable. Il n'est certes pas exagéré de dire que le mouvement « symphoniste » a eu deux aspects complémentaires : l'un caractérisé par la création d'œuvres d'un genre original et l'autre par la fondation d'orchestres et l'institution de concerts réguliers. S'il est vrai que l'existence d'un répertoire symphonique justifie l'entretien d'une armée permanente dans les grands orchestres, en retour, la composition de la plupart des chefs-d'œuvre symphoniques du xixe et de la première moitié du xxe siècle a été provoquée, et quelquefois même commandée, par l'existence d'orchestres capables d'en assurer la première audition.
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