4. L'eau diluviale
Le déluge est à la fois cataclysme vengeur et fin purificatrice d'un monde corrompu. Eliade a bien montré l'universalité des mythes diluviaux qui, des Sémites aux populations du Pacifique, de l'Atlantide aux légendes des Andes, associent l'engloutissement par l'eau au devenir, d'abord sous une forme lunaire, puis au devenir tout court, au Temps. Le déluge fait hésiter l'ethnologue entre une interprétation pessimiste et héraclitéenne du devenir et une interprétation sotériologique : « Les méchancetés, les péchés finiraient pas défigurer l'humanité ; vidée des germes et des forces créatrices, l'humanité s'étiolerait, décrépite et stérile. Au lieu de la régression lente en formes sous-humaines, le déluge amène la réabsorption instantanée dans les eaux, dans lesquelles les péchés sont purifiés et desquelles naîtra l'humanité nouvelle, régénérée » (M. Eliade, op. cit.). La valence positive du déluge est souvent symbolisée par l'arche, dont la barque n'est qu'un diminutif. Il n'est pas besoin d'insister sur le mythe de l'arche de Noé que chacun connaît (Gen., vi, 13), mais il nous faut nous arrêter au symbolisme des barques et des nacelles qui toutes sont, si l'on peut dire, le symbolisme « quintessentiel » de l'eau. De même que l'aspersion par l'hysope est une purification superlative, la barque concentre en elle les vertus de salvation, de fécondité, de naissance des eaux, au sein même de la tempête, de la colère aquatique et de la mort diluviale (G. Durand, Les Structures anthropologiques, « La Descente et la coupe »).
Certes la barque est un symbole très polyvalent : elle est faite de bois, de peaux, de roseaux, matériaux qui renvoient à autant de nuances symboliques : sa fusiformité peut suggérer tout aussi bien la quenouille des fileuses que les cornes de la lune. Mais la valorisation psychopompe de la barque – fût-elle lunaire – n'échappe ni à la mythologie égyptienne, où Isis et Osiris voyagent sur une barque funéraire, où chaque momie est accompagnée de barq […]
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