3. L'eau baptismale ou lustrale
Une troisième orientation peut alors s'amorcer dans le symbolisme aquatique : celle de la purification, de l'eau baptismale ou lustrale. Nous saisissons là sur le vif cette logique si particulière du symbole où une image suscite une autre image qui peut jusqu'à un certain point contester la première tout en prolongeant une part importante de son sens. C'est ainsi que la méditation de l'archétype de l'eau fécondante, de l'informalité primordiale suscitait en ligne directe les symboles rituels de la régénérescence aquatique. Mais si l'on ajoute une valeur de plus au liquide, si le bain devient lavage, la médiation imaginaire induite de l'arrosage pluvial ou artificiel, coulée dans la boisson et le bain, se dialectise soudain partiellement lorsqu'elle se penche sur la vertu lavante de l'eau. Ce qui était fonction nutritive, surnutritive même avec l'eau laiteuse et maternelle, devient vertu purificatrice, ascétique avec l'eau lustrale ou baptismale. Comme l'écrit Bachelard : « On ne peut pas déposer l'idéal de pureté n'importe où, dans n'importe quelle matière. Si puissants que soient les rites de purification, il est normal qu'ils s'adressent à une matière qui puisse les symboliser. L'eau claire est une tentation constante pour le symbolisme facile de la pureté. » Bachelard, fidèle à sa doctrine de la souveraineté de l'image, le sens figuré étant le fondement du sens propre, n'a guère de peine à établir, avec E. B. Tylor (La Civilisation primitive), que c'est la « substance du bien », l'eau claire, qui est le modèle axiologique de toutes les purifications et, secondairement, du vulgaire lavage. Il insiste sur cette concentration symbolique dans une substance raréfiée, en montrant facilement que les rituels de simple aspersion précèdent les rituels d'immersion : « Par bien des côtés, il semble que le lavage soit la métaphore, la traduction en clair, et que l'aspersion soit l'opération réelle, c'est-à-dire l'opération qui apporte la réalité de l'opération. »< […]
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