3. Équivoque fondamentale et contradictions de l'entreprise symboliste
Au-delà de ces données générales, de ces refus communs, il serait vain de masquer les contradictions, les oppositions, les antinomies qui surgissent à chaque pas. La notion même de symbolisme figuratif implique une opposition fondamentale entre l'idée d'image et celle de forme, source d'innombrables contradictions, de la part des peintres comme de leurs exégètes. Redon est partisan d'un art de l'âme et des idées, mais n'en condamne pas moins l'extrémisme de Carrière qui « s'est vanté de n'avoir jamais voulu peindre, et qui reste indifférent à la peinture elle-même. Il se dit visionnaire jusqu'à pouvoir extraire une expression humaine d'un caillou, non d'un visage. Aucun peintre n'admettra cela ; moi moins que tout autre », d'où cette déclaration étonnante pour celui qui jugeait l'impressionnisme « bas de plafond » : « J'aimerais mieux proclamer avec Pissarro que l'art de peindre réside, pour qui sait voir, au coin d'une table, dans une pomme. » Contradiction encore entre un sujet qui relève tout aussi bien de la littérature et les problèmes d'expression spécifiquement plastique. La question a beaucoup préoccupé Redon aussi bien que Maurice Denis, et l'un et l'autre, malgré leur refus du « pittoresque » et leur attirance pour l'expression des idées, se sont vivement défendus de tomber dans la littérature ; leurs déclarations à ce sujet sont la condamnation implicite de plus d'un adepte de la Rose-Croix. « Il y a idée littéraire toutes les fois qu'il n'y a pas invention plastique », écrit Redon, qui ajoute : « Dans une composition littéraire, nulle impression produite. L'effet réside uniquement dans les idées qu'elle fait naître et qui se produisent surtout par le souvenir. Il n'y a pas alors d'œuvre d'art réelle ; un récit vaut mieux ; c'est de la pure anecdote » ; et plus loin : « Une pensée, ça ne peut pas devenir une œuvre d'art, sauf en littérature. L'art n'emprunte rien à la philosophie non plus. […]
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