3. Le champ du symbole
• Pour une interprétation sociologique des faits de symbolisme
Le champ du symbole peut-il être limité ? Il semble que non. Il est peu de pratiques sociales, peu de conduites culturelles qui n'en soient imprégnées. La mode, la publicité, l'urbanisme, l'architecture, le discours politique (en entendant par ce terme la continuité des messages politiques transmis à l'intérieur d'une société donnée) sont tous porteurs de symbolisme. Tout semble autoriser une interprétation sociologique d'ensemble des faits de symbolisation.
C'est ce qu'a tenté pour sa part le sociologue Henri Lefebvre, à partir d'une réflexion sur le langage (Langage et société). Sa perspective est polémique, « romantique » et politique. Il remarque d'abord combien l'émergence de la réflexion linguistique menée à partir des travaux classiques de Saussure, Martinet, Benveniste (à un degré beaucoup moindre, de Jakobson), pour féconde qu'elle ait été par ailleurs, aboutit à ne voir dans le langage que deux dimensions : celle du paradigme, ensemble d'oppositions pertinentes exprimant des choix de départ, des alternatives simples et contraignantes, système régi par des pratiques recensionnelles et discriminantes (théorie de l'information, par exemple), et celle du syntagme, où s'effectuent toutes les rencontres, les jeux et les combinaisons entre les différents considérants d'une réalité donnée. Le code de la route, exemple favori des sémiologues, peut s'analyser ainsi en termes paradigmatiques (vert-rouge, permis-défendu, montée-descente, rectitude-tournant, droite-gauche, etc.), qui d'ailleurs tirent fréquemment le signe de code du côté du signal : ainsi, le rouge déclenche une conduite d'arrêt qui est presque un réflexe conditionné, et il présente toujours une injonction. La dimension syntagmatique, ce sont les lois de conduite dans leur ensemble, formant précisément le code, système complexe qui doit attribuer parfois des priorités à certaines de ses propositions par rapport à d'autres (par exemple, la fin de la limitation de vitesse ne délivre pas le conducteur de l'obligation de rester maître de la vitesse de son véhicule). Le code e […]
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