4. Une volonté d'ouverture
En France, des rancunes tenaces, à la suite de son départ de l'Opéra de Paris, alimentent une cabale contre Sylvie Guillem, accusée de dispersion. C'est ne pas comprendre la force de son exigence artistique. Après avoir dansé les grands rôles romantiques, elle diversifie ses expériences.
Après un premier film avec le Suédois Mats Ek, Wet Woman, pièce courte, âpre, haletante, une chaîne de télévision française donne carte blanche à Guillem pour la nuit de la Saint-Sylvestre 1995. Pour cette émission, intitulée « Evidentia », elle demande à William Forsythe de danser en solo tandis que Jonathan Burrows (ex-danseur du Royal Ballet et chorégraphe d'avant-garde minimaliste) écrit pour elle un solo Yellow Blue et que Mats Ek crée le duo Smoke (qu'elle interprète avec Niklas Ek, frère de Mats) qui souligne la sensualité de la danseuse.
En 1998, à la demande de Jorma Uotinen, alors directeur du Finish Ballet d'Helsinki, Sylvie Guillem donne sa version chorégraphique de Giselle qu'elle débarrasse de son imagerie conventionnelle pour rendre plus vivant le peuple des villageois. La même année, elle songe à composer un répertoire personnel et reprend La Danse d'été et La Danse de la sorcière de Mary Wigman, ballets réunis sous le nom de Classic Instinct. La rencontre, en 2003, avec le jeune chorégraphe Russel Maliphant déclenche une collaboration fructueuse : Broken Fall et Two en 2004 donnent une dimension différente à Sylvie Guillem, qui poursuit dans cette voie en 2007 avec le danseur Akram Khan, sur des rythmes kathak (une des danses classiques du nord du Bangladesh).
Très vite reconnue comme un monstre sacré, danseuse incomparable tant par sa technicité que par son exigence artistique, Sylvie Guillem s'inscrit dans la lignée des grands, comme Noureev ou Barychnikov, avides d'ouverture. Celle qui, un jour, confia à une journaliste qu'elle aimerait être le noir et le feu reste l'une des figures les plus captivantes de la danse – impulsive, rebelle et vibrante.
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