La rhétorique distingue deux sortes de syllepses : l'une grammaticale, l'autre oratoire. Il s'agit dans l'un et dans l'autre cas, selon l'étymologie, de « prendre ensemble » différentes catégories grammaticales ou sémantiques. La syllepse grammaticale procède à partir d'un défaut d'accord grammatical entre deux termes dont l'un s'accorde avec l'idée qui sous-tend la proposition : « Jamais je n'ai vu deux personnes être si contents l'un de l'autre », dit Molière dans Don Juan, sans se soucier du genre du mot « personnes ». Par les syllepses oratoires, on prend dans la même phrase un mot au sens propre et au sens figuré. Ce dernier peut l'être par métonymie, synecdoque ou métaphore (Fontanier). « Je percerai le cœur que je n'ai pu toucher » (Racine, Andromaque). Le mot cœur est ici à la fois l'organe vital et la métaphore du lieu de la sensibilité affective.
