4. Une situation internationale fragile
Le Swaziland, totalement intégré dans l'espace de l'Afrique australe, est plus spécifiquement placé sous la domination sud-africaine. Du temps de l'apartheid, cette situation permettait à l'Afrique du Sud de neutraliser totalement son petit voisin, quitte à le menacer ou au contraire à lui laisser miroiter le rêve impossible d'une cession de territoire pour accéder à la mer (1982). Depuis la fin de l'apartheid, cette dépendance ne s'est pas atténuée sur le plan économique, dans la mesure où son grand voisin continue à fournir au Swaziland l'essentiel de ses ressources par le biais de son appartenance à la S.A.C.U. et à la Common Monetary Area (C.M.A.), et du fait que le lilangeni est lié au rand. L'influence politique n'est pas non plus négligeable, qu'elle soit directe ou indirecte. On pouvait penser que la libéralisation réussie du régime sud-africain servirait de modèle et de détonateur pour un changement politique au Swaziland, d'autant que les Swazi d'Afrique du Sud ont joué un rôle important dans la lutte de libération en R.S.A. L'emprise des Européens sur la vie politique swazi, l'inféodation aux intérêts économiques sud-africains, un traditionalisme exacerbé constituaient autant de terrains favorables à l'agitation, comme pouvait le laisser penser par ailleurs la politisation croissante de l'université nationale depuis les troubles politiques de 1984-1985. Or l'explosion de la crise du sida, la pauvreté rampante et la neutralisation politique du royaume, obtenue par la gestion selon les formes de régulation traditionnelle, ont plutôt plongé le pays dans une léthargie socialement dramatique. Entre modernité et tradition, économie formelle monétarisée et secteur informel isolé, le Swaziland est dans une situation de blocage dont la crise du sida, particulièrement aiguë, révèle les coûts sociaux considérables et exacerbe les effets de délitement social et politique.
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