Les moments de suspense d'un film éveillent un sentiment d'attente angoissée. L'irruption brutale d'un événement dans l'ordre quotidien, si elle est inattendue, ne relève pas du suspense ; celui-ci est fondé sur la probabilité de la solution plus ou moins prochaine d'une situation ambiguë. Il va jouer sur la durée et peut être tragique ; il joue aussi sur la peur : le fil qui retient l'épée au-dessus de la tête de Damoclès résistera-t-il ? Les rats d'Edgar Poe rongeront-ils les liens du prisonnier au fond du puits avant que le tranchant du pendule ne l'atteigne ? Le suspense est « la dilatation d'un présent pris entre deux possibilités contraires d'un futur imminent » (Jean Douchet).
Au cinéma, c'est devenu un truisme d'appeler Alfred Hitchcock « le maître du suspense ». Un échantillon du genre : dans la salle de concert de l'Albert Hall, un chef d'État étranger doit être tué au moment d'un coup de cymbales en plein fortissimo ; en présence : la cible, le tueur à gages, le cymbaliste (et l'orchestre), et celle-qui-sait (L'homme qui en savait trop,The Man Who Knew Too Much, remake en 1956) ; un montage analytique conduit crescendo le suspense, jusqu'au cr […]
