Plus connu en France sous le nom latinisé de Suso, le dominicain Heinrich Seuse suivit d'abord l'exemple des pères du désert ; son tempérament exalté le poussait vers un ascétisme presque morbide ; sous l'influence d'Eckhart, il s'exerça à une spiritualité plus intérieure. Dans un langage apparenté à celui des poètes courtois de son pays, il a chanté une expérience personnelle d'amour mystique où l'abandon et l'absence jouent un rôle essentiel. Suspect un temps d'hérésie, il défendit toujours le véritable eckhartisme contre certaines déformations quiétistes. Béatifié seulement en 1831, Suso se rattache à la tradition de la théologie négative et annonce la « docte ignorance » de Nicolas de Cues ; souvent, il invite à dépasser la logique classique de la non-contradiction, notamment à propos du thème, cher aux mystiques rhénans, de l'unité avec le néant divin.
Heinrich Seuse dit Suso est né au bord du lac de Constance, d'un père au cœur dur, peut-être drapier, et d'une mère plus tendre, à la dévotion exaltée. Âgé de treize ans, il entre au couvent dominicain de Constance ; après cinq années de nov […]
