Si l'on s'efforce d'écarter d'abord l'influence que le surréalisme (au sens strict du terme) a exercée sur l'art du xxe siècle « en général », son originalité dans le domaine artistique peut apparaître plus clairement. Dès le premier Manifeste, Breton avertissait que le surréalisme n'était pas tellement intéressé par ce qui pouvait se produire sous prétexte d'art, ou comme anti-art, à propos et à côté de lui. Néanmoins, les « artistes » qui ont été amenés à se réclamer de ce mouvement de pensée, c'est-à-dire qui s'y sont reconnus, aussi bien que ceux que le surréalisme a reconnus comme proches de lui ont développé des particularités communes : la soumission délibérée des « valeurs plastiques » à une intention poétique pourrait résumer ce qui les unit.
La notion d'une peinture qui « fasse partie » de la poésie n'est pas nouvelle : une bonne part des Salonsde Diderot (et de Baudelaire) est consacrée à la réclamer et à l'exalter. C'est l'affinement et l'approfondissement de l'idée de poésie qui a placé les artistes devant le risque d'un malentendu : on les accusait de confondre poésie et « littérature » dans le temps même où celle-là se […]
