3. Sculpture et collages
La première phase du suprématisme sera marquée par cette liberté de la couleur qui entraîne Malevitch dans une richesse de formes géométriques sans poids, librement projetées dans un espace « illimité ». Les formes « flottantes », affirmant la liberté de déplacement dans un espace « sans dieu et sans matière », seront le but du peintre à partir du début du suprématisme. Cela conduira Malevitch à un accrochage des toiles sous le plafond de la salle d'exposition, accentuant ainsi l'immatérialité de ses compositions, qui échappent à toute loi de la nature (la pesanteur). Par son exemple et l'importance poétique de sa théorie, Malevitch entraîne toute une génération de peintres, parmi lesquels seul Kljun le suivra jusqu'au bout. Alexandra Exter (1881-1949), Lioubov Popova (1889-1924) et Alexandre Rodtchenko (1891-1956) expérimentent les possibilités combinatoires d'un certain suprématisme dynamique qui dès la fin de l'année 1916 les conduira vers la peinture constructiviste. Ivan Puni (1894-1956) appliquera à la sculpture les principes suprématistes en introduisant un élément « futuriste » admis par le constructivisme, mais totalement étranger à l'idéalisme de Malevitch : le matériau. Pendant une brève période, allant de la fin de l'année 1915 au début de l'année 1917, Puni va créer des reliefs sculpturaux, suprématistes par la composition et constructivistes par l'emploi des matières brutes (fer-blanc, bois, verre), caractéristiques de la démarche matérielle de Tatlin. Les collages non objectifs d'Olga Rozanova (1886-1918) constituent un des plus originaux développements du suprématisme ; ils devancent les découpages de Matisse et ceux d'Arp.
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