2. Réduire l’art à ses éléments essentiels
C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre la formule Supports/Surfaces, et la séduction qu'elle a exercée sur les artistes qui l'ont adoptée. Le support (toile, apprêtée ou non, châssis) et la surface sont un peu les éléments premiers du tableau, dans la tradition de la peinture ; ce qui resterait, en somme, si l'on pouvait, par hypothèse, décanter un art en laboratoire pour en extraire les constituants spécifiques. Revendiquer support et surface comme programme, c’était démystifier le rôle de l'artiste, lui retirer les privilèges mystérieux de l’i nspiration pour le ramener dans la sphère du travail – une valeur sanctifiée dans une vision marxiste du monde, alors largement dominante chez les artistes et les intellectuels français (mais qui était aussi à la source des textes de Greenberg).
Les peintres affiliés à Supports/Surfaces respectèrent assez strictement le programme de réduction des moyens de la peinture à ses constituants essentiels, s’appropriant qui la déstructuration du châssis, qui l’exposition de la toile pliée ou tendue, qui l'imprégnation méthodique du tissu, comme autant de signatures... La mise en avant des vertus propres aux gestes élémentaires excéda souvent cependant le territoire de la peinture : les bois méthodiquement équarris par Toni Grand (Gallargues-le-Montueux, 1935-Mouriès, 2005), les objets façonnés par Noël Dolla (né à Nice en 1945), les cordes nouées par Claude Viallat traduisaient une fascination pour les techniques et les outils primitifs qui avaient plus à voir avec les recherches du préhistorien André Leroi-Gourhan qu'avec celles de Greenberg.
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