4. La traversée du désert
Il faudra une dizaine d'années pour que Sun tire les conclusions de son échec et que, renonçant à chercher aide et inspiration auprès de l'Occident, il se tourne vers la Russie soviétique. Pendant cette traversée du désert, il vit le plus souvent en exil au Japon. D'abord tenté par un retour aux méthodes des sociétés secrètes, il organise un parti révolutionnaire (Zhonghua geming dang) mais se heurte à la réticence de ses propres partisans. Sa réflexion l'entraîne alors vers des conceptions dont le caractère souvent prophétique s'accorde mal aux réalités de son temps. Le panasiatisme dont il se fait le défenseur se fonde sur une collaboration sino-nipponne inconcevable à une époque où l'impérialisme japonais se développe au détriment d'une Chine impuissante mais consciente du danger. Aussi, de façon assez paradoxale, Sun reste-t-il relativement étranger au Mouvement de mai 1919, né de la volonté de résistance et de survie nationales face à l'agression japonaise. C'est aussi à cette époque que Sun élabore un plan de reconstruction de la Chine (Jianguofanglüe) dans lequel il accorde une importance particulière aux problèmes du développement économique. L'ampleur des programmes qu'il propose – 100 000 miles de voies ferrées ! –, la confiance qu'il met dans la coopération désintéressée des puissances donnent à Sun la réputation d'un utopiste. Il n'a cependant pas renoncé à rétablir le régime parlementaire constitutionnel. Pour arracher le pouvoir aux militaristes qui ont mis la main sur le gouvernement de Pékin, il cherche à se créer une base territoriale à Canton. Grâce à l'appui des généraux sudistes et de la bourgeoisie locale, il établit successivement un gouvernement militaire (1917-1918) et un gouvernement national (1921). Sa diplomatie subtile essaye de mettre à profit les intrigues qui divisent le monde des seigneurs de la guerre et de rallier le suffrage des puissances occidentales, tandis que ses proclamations annoncent une reconquête militaire sans cesse remise par manque de moyens. Ses adversaires le surnomment Sun Dabao, « Sun-le-gros-canon » !
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