2. Civilisation et art
Même si le foyer sumérien était cantonné en un secteur assez restreint, son influence avait débordé bien au-delà des frontières d'une région. Des sculptures découvertes à Assur auraient pu sortir tout aussi bien d'Ur ; un gros vase en stéatite recueilli à Mari, orné de l'aigle léontocéphale, ferait songer irrésistiblement aux produits d'Obeid, tellement l'inspiration est identique, mais tout autant la technique d'exécution. L'art sumérien est un des plus grands du monde. Il est le témoignage le plus impressionnant laissé à l'humanité par le génie créateur d'un peuple fixé au berceau de la civilisation. Sans difficulté il peut rivaliser avec les productions de l'ancien Empire égyptien : même densité, même simplification de lignes. L'essentiel est l'élimination du superflu. Voilà ce qui prime pour ces artistes demeurés anonymes et qui n'auront pas hésité à demeurer des mois sinon peut-être des années devant un bloc de pierre pour y fixer le masque féminin de Warka ou en extraire la silhouette d'un des dynastes de Mari. Dans ce pays où la pierre était rare sinon inexistante, il fallait faire venir les matériaux de contrées lointaines. On utilisa abondamment le gypse, plus courant mais moins noble. Les sculpteurs ont triomphé de tous les obstacles. C'est finalement par centaines que l'on recense les statuettes déposées en ex-voto dans les chapelles des sanctuaires. À travers tout le IIIe millénaire, elles furent exécutées à la demande de donateurs plus ou moins fortunés, partant plus ou moins exigeants. Elles représentent les fidèles dans l'attitude de l'adoration, la plupart du temps debout, mains jointes, très rarement les divinités, tout au moins en ronde bosse. Des inscriptions permettent souvent les identifications : Lamgi-Mari, Iku-Shamagan (rois de Mari), Ebih-il, Idi-nârum, Nani, Salim, Gumbad, Meshigurru, Su-wada (hauts fonctionnaires de Mari), Ur-Nanshe (chantre du temple d'Ishtar à Mari), Lugal-kisalsi d'Uruk, Kurlil d'Obeid. Toutes ces statues sont de l'époque sumérienne présargonique […]
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