2. Substance et immanence
• Giordano Bruno
À vrai dire, ce mouvement de renouveau et cette « renaissance » avaient commencé de s'effectuer avant que Descartes n'entreprît sa réflexion, mais la tradition philosophique passa ce fait sous silence jusqu'à une époque récente : c'est Giordano Bruno qui, le premier, édifie sans le savoir sur les ruines de la scolastique une ontologie audacieuse de la substance comme unité de la nature et de Dieu.
Rappelons tout d'abord que, pour Bruno comme pour Aristote et pour Plotin, la philosophie est essentiellement recherche sur le premier principe ; mais celle-ci cesse d'être méditation sur la transcendance de l'être (premier moteur immobile ou « un » indéterminé) et elle opère le passage à l'immanence du mouvement du temps et de la détermination. L'être n'est pas vide (comme le montre Hegel pour le concept traditionnel d'être) ; il est au contraire le suprême concret puisqu'il est le monde et la nature même. Il n'en est pas moins vrai que cet être qui fonde tous les êtres d'une façon immanente ne leur est pas identifiable ; il se nomme dès lors substance. Le monde est un, et c'est pourquoi il est substance ; mais il comporte deux aspects liés qui sont Dieu et l'univers. Dieu lui-même peut être considéré comme matière et comme forme : du point de vue du contenu, il est précisément matière (infinie et intelligible, certes) ; et du point de vue du sens ou de la forme, il est intellect, œil du monde, c'est-à-dire et âme et intelligence. Par cette description, l'orthodoxie du langage aristotélicien est certes sauvegardée, mais d'une manière purement verbale : en fait, la voie est ouverte pour une ontologie nouvelle qui pourra assumer l'identité de l'être et du monde conçus comme substance, c'est-à-dire comme objectivité infinie, permanente et diversifiée.
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